Le mousseux du centenaire de la SAQ produit dans le Canton de Hatley

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Sherbrooke — Les plus attentifs l’auront appris de la bouche de Catherine Dagenais dimanche, alors que la présidente et chef de la direction de la Société des alcools du Québec était venue discuter du centenaire de la société d’État à l’émission Tout le monde en parle : pour souligner ce grand anniversaire, la SAQ lancera un mousseux québécois à son image. Et ce sont les producteurs estriens du Domaine Bergeville, dans le Canton de Hatley, qui en sont les heureux artisans.

Copropriétaire du Domaine Bergeville, Eve Rainville ne cache pas son bonheur d’avoir pu saisir cette occasion de signer « L’Effervescent », mais l’amoureuse du terroir québécois se dit surtout particulièrement fière de faire partie de cette véritable mise en vitrine des produits d’ici.

« Je pense qu’on est rendus à un moment dans l’histoire où les vins québécois n’ont rien à envier aux vins d’ailleurs. Je crois que c’est génial que la SAQ profite de ses 100 ans pour mettre de l’avant la production québécoise. Je suis fière qu’elle ose le faire », explique celle qui, avec son conjoint Marc Théberge, se spécialise dans la viticulture biodynamique depuis une douzaine d’années.

Même si le domaine a de nombreux produits certifiés biologiques, ce mousseux produit en méthode traditionnelle ne portera pas cette mention sur son étiquette. Mais les vignerons ont une très bonne explication : « Dans le cas de l’Effervescent, on a choisi de non seulement assembler nos raisins, mais aussi des raisins d’autres vignobles et terroirs québécois. L’idée est que nous sommes plusieurs à faire des bulles. C’est nous qui avons eu le contrat de la SAQ, mais pour nous, c’est important de reconnaître qu’il y a du raisin qui pousse partout au Québec et qui est propice à faire de super bons produits. »

Deux ans de fabrication

L’Effervescent devrait être mis en vente par la SAQ d’ici quelques mois, dans le cadre de sa programmation anniversaire. Ignorant si la quantité exacte de bouteilles qui sera mise en vente peut être dévoilée, la productrice se contente de dire que ce contrat implique de livrer quatre fois plus de bouteilles à la SAQ que ce que le Domaine lui aurait normalement fourni. Cependant, la production n’a pas été spécialement augmentée pour l’occasion, puisque les raisins de cette cuvée ont été cueillis il y a déjà près de deux ans.

« C’est un vin qui va prendre deux ans à faire du moment où on vendange le raisin jusqu’au moment où on sort les bouteilles, explique Mme Rainville. Faire du vin mousseux, ça demande plus de temps qu’un vin tranquille, parce qu’il y a non seulement une première fermentation, qui se fait en cuve chez nous, puis une deuxième fermentation en bouteille. Puis, il y a toutes les étapes qui suivent, comme le remuage, l’élevage, le dégorgement... tout ça, ce sont des étapes supplémentaires. On a compté qu’il y avait à peu près 18 moments où chaque bouteille sera manipulée par une personne pendant les deux ans de production. »

En raison de la grande popularité qu’ont connue les produits du vignoble en 2020, cette entente n’aura donc pas nécessairement eu d’énorme impact sur la santé financière de l’entreprise, mais elle lui aura fourni l’occasion parfaite de se moderniser tout en préservant ses précieuses techniques traditionnelles.

« Même si on reste un petit vignoble, il y a quand même des équipements de cuverie qui nous facilitent la tâche. Ça nous a permis de dire que c’était le bon moment pour les acquérir. On a aussi eu la chance d’appliquer à un programme d’aide financière pour automatisation et robotisation, tout juste au bon moment. Le contrat avec la SAQ nous a permis de convaincre les gens au ministère [de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation] que notre projet était très sérieux. »

Parmi ces nouveaux jouets de la cuverie : une gyropalette double, soit une machine qui permet de remuer plusieurs bouteilles à la fois. « Avant, on pouvait en remuer 500 sur une période d’environ une semaine. Maintenant, on peut en faire 1000 de plus », dit Mme Rainville.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune